La page blanche

Hantise pour certains, opportunité pour d’autres, la page blanche reste le point de départ de toute écriture. Se lancer, démarrer. Ce pas en avant, souvent dans l’inconnu, sans chemin tracé, balisé.

page blanche
La page blanche

La page blanche, épaisse comme le brouillard dans lequel s’enfoncer, promesse de nouveaux horizons dès que nous l’aurons traversée… Vaincre la peur, et dans un souffle se lancer. Sans savoir, sans maîtriser.

La page blanche contient tous les silences, les respirations entre chaque mot, chaque phrase, chaque ligne. Un entre deux, vite oublié, effacé comme si, seule la mélodie de l’encre comptait. Toujours, des silences surgissent les maux, jaillissent les cris.

La page blanche se noircit, se couvre de signaux, de ratures, d’exclamations… Elle se froisse aussi, chiffonnée par les coups, les impatiences, pliée par les caprices, les accidents. Mais toujours, derrière chaque signal, chaque rature, exclamation, derrière son froissement, ses plis, elle est et reste page blanche.

La page blanche danse avec les horizons, sans limite. Une possibilité d’accueillir mille aventures, mille personnalités, idées, pensées. Tant qu’elle se sait blanche, la page recueille tous les joyaux du monde, facilement, légèrement. Un écrin contenant des trésors invisibles à l’œil. Dès qu’elle se remplit, elle s’identifie au bruit des mots et oublie rapidement tous les autres chemins, surtout les plus lumineux.

La page blanche contient le temps. Celui de la retenue, parfois long, douloureux, comme un obstacle infranchissable qui empêche et freine. Des temps plus courts aussi, ceux de la fulgurance, de l’oubli de soi pour laisser venir les mots, les traits. Ceux de la respiration, comme cette virgule qui donne son élan pour écrire une suite ou encore ce point qui marque un avant et un après. Tous les temps vivent en elle. Le passé côtoie le futur, le conditionnel, l’impératif. Gommer efface, pour réécrire le présent, le passé et dessiner ce qui viendra.

La page blanche est le terreau sur lequel je sème, espérant, rêvant, creusant parfois des sillons qui resteront mais qui toujours, suffisamment alimentés, donneront naissance à la vie. Sans rien attendre d’autre qu’elle s’épanouisse.

La page blanche recueille mes larmes, confidente, intime. Témoin de mes émotions, elle me libère de flots, de vagues, de tempêtes, d’ouragans. Elle sait contenir mon soleil aussi, le laisser réchauffer, rayonner, en surface, en profondeur.

La page blanche se définit par ses bords, ses limites, ses contours. Et pourtant, dans son cadre, l’infini peut résonner. Un contenant sans fond, une corne d’abondance, là, juste à portée de main. Offerte à nos caprices, fantasmes, envies, désirs. Offerte à l’impensable, l’indicible. Une forme si simple accueillant la complexité du monde… et plus encore.

La page blanche se nourrit de couleurs, pourvu qu’elles soient en action, en mouvement. Un éclat qui reflète, illumine, qui jamais ne perd sa luminosité lorsqu’elle la partage.

La page blanche reflète, telle un miroir. Les secrets de mon âme, de mon coeur. Elle éloigne mes sombres oiseaux, mes « aigles noirs » comme ces papiers d’argent dans les cerisiers pour écarter les pilleurs de fruits. Elle attire l’attention, le regard aussi… Tout ce qui brille…

La page blanche, enfin, se tourne. Pour écrire un nouveau chapitre, une suite, un commencement. Elle se tourne pour donner fin à la précédente.

Un commencement…

Et vous, comment pourriez-vous décrire votre page blanche ? Qu’aimeriez-vous qu’elle soit ? Qu’attend-elle que vous lui murmuriez ?

A vos Crayons !

8 réponses à « La page blanche »

  1. Bonjour Pierre et merci pour cet article. Sur ma page blanche, j’ai écrit un mot : « désert »… me voici bien avancée ! Rien d’autre ne vient.
    Merci pour vos commentaires avisés.
    Charlotte

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Charlotte !
      Merci pour ce premier commentaire 🙂
      Désert… Désert… Voici peut-être quelques pistes à explorer :
      – Pourriez-vous décrire ce désert, chère Charlotte ? A quoi ressemble t’il ? Que vous inspire t’il ? Il est intéressant de se souvenir que bien souvent, les déserts d’aujourd’hui ont accueilli, autrefois, une luxuriance, une végétation riche… Qu’était ce désert avant de devenir désert ? Et comment est-il devenu désert ?
      – Que pourrait découvrir un explorateur averti au milieu de ce désert ? Que nous révèlent les traces laissées au coeur du désert ? Qui a bien pu laisser ces signaux ?
      – Les déserts, arides en surface, recèlent dans leur sol les trésors les plus recherchés (pétrole, gaz, minerais, etc…). Que contient celui-ci pour qui creuserait plus profondément ?
      – Et qu’y a t’il autour de ce désert ? Autour des bords de cette page ?
      Dans chaque mot, Charlotte, se cachent des trésors à découvrir.. Je vous souhaite une belle aventure 🙂
      Pierre

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    2. Depuis le 6 juillet, je pense que la page a dû se remplir..

      Au contraire, pour moi le mot « Désert » n’est pas désertique.

      Il y a tellement de choses à dire sur le désert, depuis le paysage, peuplé de dunes, ou de cailloux, ou de glace, jusqu’aux habitants, voyageurs, nomades ou sédentaires. Sa faune qui grouille, invisible. Sa flore qui attend la pluie pour éclore.

      Il y a l’avancée du désert et les problèmes climatiques.

      Il y a les étoiles dans la nuit, dans un ciel pur à mille miles de toute terre habitée..

      Moins poétique, le désert est le lieu des militaires, des terroristes, de la lutte entre les pays limitrophes.

      On peut jouer aussi avec les mots désert et dessert, poisson et poison, avec la constellation du Scorpion et les scorpions du sable.

      Pour les amateurs de Science-Fiction, il y a Dune et sa planète de l’Epice.

      Et puis, il y a le Petit Prince, le serpent et le renard des sables..

      Bonne écriture !

      Aimé par 1 personne

    3. « Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part… » Antoine de Saint-Exupéry – Le Petit Prince

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  2. […] celle de capter l’instant, de l’écrire en saisissant immédiatement un crayon et une feuille de papier. Ma pensée devient autre… un objet littéraire parfois, une analyse, une trace laissée aux […]

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  3. […] lancer, aligner des mots, construire une phrase. Remplir la page blanche.S’arrêter, respirer, regarder au loin, le regard vide, cherchant une rime, une inspiration, […]

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  4. […] histoire avec un début et une fin pour écrire, alors je n’écrirais pas.S’il fallait trembler de peur devant l’esprit critique pour écrire, alors je n’écrirais pas.S’il fallait […]

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